Le cinéma c’est 24 fois Jason Statham par seconde

Ce soir à la rédaction de Blogorrhée on a failli regarder un bon petit Bergman, on avait vraiment envie de se plonger dans un univers de créateur démiurgique boursouflé, avec un bon noir et blanc bien lourdingue pour souligner l’intensité de la réflexion transcendante de ce connard, on rêvait de prendre une bonne claque devant la virtuosité de l’analyse des rapports inter-personnels proposés par le réalisateur, on tenait vraiment à se sentir comme dans une putain de cathédrale avec tous ces siècles au-dessus, et autour de nous, partout, là, avec leur écrasante insistance et ce connard qui surligne tout avec sa putain de caméra, son hiératisme en toc, sa pornographie intellectuelle et son branlotage bobo cinéphile de merde.

Et puis au dernier moment on a bifurqué, on sait pas, on n’avait pas envie d’être pris en otage par ce manipulateur dégueulasse et ses petits airs supérieurs, nan, on voulait du vrai, du réalisme brut, documentaire presque, un truc simple, sans prétention, mais en même temps proposant, sous-jacente, cachée, une belle réflexion sur le pouvoir du cinéma, une exploration de cette pulsion scopique dont parlait je ne sais plus quel trou du cul.
« Du réalisme brut ? Ah ben vous avez vu La loi du marché avec Vincent Lindon », s’écrieront les débiles qui, majoritairement, composent cette assemblée. Qu’est-ce que vous n’avez pas compris quand on disait « simple, sans prétention, qui ne soit pas boursouflé ? ».
« Ah ben vous avez regardé Death Race avec Jason Statham, à tous les coups » s’exclameront les plus cinéphiles et les plus finauds d’entre vous. Exactement. Il y a tout dans ce film, servi par de grands acteurs : une réflexion sur la puissance de l’image en tant que véhicule (c’est le cas de le dire pour un film de bagnoles lol xD xptdr) de représentations sociales normatives, une déconstruction assez fine du mythe de la virilité, un vrai travail sur les stéréotypes sexistes.

C’est, plus globalement, une très belle réflexion sur la vitesse et le temps, probablement inspirée par les travaux de Paul Virilio sur la question. Du grand public exigeant, je dirais. Donc, très belle surprise que ce film, allions-nous dire, mais en fait c’est stupide, parce qu’avec Jason Statham devant la caméra, et Paul W.S. Anderson derrière l’appareil, on sait qu’on est sur du haut niveau d’exigence, on peut y aller les yeux fermés – ce qui serait un peu con quand même parce que le cinéma c’est un art avant tout visuel : on a déjà vu des films muets, mais jamais de films sans images, sinon on appelle ça de la radio, bande de cons.

 

 

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *