Macron Président, maintenant

21 juin 2020

Cher journal,

Il y a une semaine notre président préféré a fait un discours à la télévision. Plus qu’un discours, je dirais que c’était une homélie, magnifique et lumineuse, grave et sage – je ne savais plus bien si j’avais face à moi notre Président ou Saint Augustin tellement c’était beau et profond.
Je dois avouer que si je n’ai pas écrit pendant une semaine, cher Journal, c’est que la beauté du discours m’a transporté dans des états inconnus jusqu’à présent ; tel la lycéenne ingénue qui découvre le plaisir anal à l’arrière d’une Studebaker Champion 1958, exhalant des soupirs de plaisir qui s’enroulent en volute autour du dôme de l’observatoire astronomique de L.A comme un voile de satin doux, finement ouvragé, piqué de broderies ciselées à la perfection, que soulignent d’admirables veinures rosées, j’ai senti, venu du plus profond du téléviseur, s’emparant de moi comme la foi s’empara, un de ces jours chauds et lumineux que seul le désert moyen-oriental peut produire, de l’empereur Constantin, une vague de plaisir immense, me saisissant par le cul, remontant le long de ma colonne, irradiant tout mon être, pour finalement se lover tendrement au creux de ma prostate ; cette vague, pendant une semaine entière, ne m’a pas quitté. Ce n’est que ce matin, en me levant, que je constatai qu’elle avait disparu – enfin, pas vraiment disparu, parce que j’ai bien senti que je n’étais plus le même : j’étais comme lavé, nettoyé de mon scepticisme intellectuel, de mes scories idéologiques ; empoignant mon édition critique de Marx en 14 volumes je la déchirai et la jetai dans la poubelle verte destinée au recyclage, et avec elle ma collection du Monde Diplomatique, avec la foi du converti qui comprend, enfin, qu’il était depuis des années dans l’erreur, perdu dans les méandres pernicieux du paganisme et de l’idolâtrie ; commandant sur Gibert Joseph La Grève d’Ayn Rand et l’autobiographie d’Alain Minc je me sentis être un nouvel homme, pur, prêt à affronter l’avenir – en vérité, il ne s’agit pas de l’affronter, mais de l’embrasser, de le faire advenir en le chérissant, tout comme l’on fait advenir la richesse en chérissant les stock-options et les dividendes.
Je mis aussi deux bonnes claques à ma mère, puisque c’est à sa propagande quotidienne durant mon enfance et mon adolescence que je dois d’avoir vécu dans l’ignominie écolo-structuralo-marxiste, d’en avoir embrassé la cause, idéologie répugnante jetant un voile obscur et blasphématoire sur le monde ; elle ne dut la vie sauve qu’au fait qu’elle m’héberge dans son appartement pour un prix modique. Quant à mon père, je lui laissai un message injurieux sur sa messagerie vocale, pour ne pas avoir été présent durant mon enfance afin de m’inculquer les valeurs de l’entrepreneuriat et de l’optimisation fiscale.
Me voici donc, cher Journal, et j’espère que tu seras fier de moi, les yeux décillés, le port de tête altier, conquérant, prêt à dévorer le monde, à braver la moustache de Philippe Martinez, à convaincre les païens avec la force du Verbe – et des grenades lacrymogènes s’ils s’ingénient à ne pas comprendre -, jusqu’à l’avènement du Marché Glorieux sous l’égide de notre Président, sa Sainteté Libérale, Protecteur du Cac 40, Producteur de Richesses, Récolteur de Dividendes, notre Père à la Bourse Pleine, Défenseur de la Liberté d’Exploiter, Briseur de Marxistes, le Grand Clairvoyant, l’Éborgneur Élyséen, Fléau Libéral de l’Immobilisme, le Grand Coupeur de Moustaches, Contempteur de l’Assistanat, le Fisteur à la Main Invisible, Adoré des Marchés, Gardien du Monde Libre.

Studebaker Champion 1958

Il ne fait pas de doute, cher Journal, que la « crise » du Covid a été magnifiquement gérée. J’utilise les guillemets dans la mesure où si, pour les autres pays, accablés par des gouvernements incompétents vérolés par l’idéologie gauchiste, la situation a été très difficile, si ce n’est dramatique, ici cela n’a pas été le cas. La réactivité des autorités a été exemplaire, malgré l’imprévoyance, voire la malveillance des gouvernements précédents – monsieur Hollande, fourbe comme tous les extrémistes d’obédience stalinienne, a par exemple bien tenté d’organiser une pénurie de masques en ne renouvelant pas les stocks, mais il s’est heurté à l’efficacité du gouvernement qui, marchant main dans la main avec le Marché, a évité toute pénurie, que ce soit en masques, en tests, ou en grenades lacrymogènes. Que l’on songe seulement aux foules faisant la queue devant des magasins vides dans l’Allemagne de l’est des années 1980 pour s’imaginer à quoi l’on a échappé.

Cher Journal, te dirai-je ma fierté d’habiter dans ce beau pays qu’est la France, patrie des Lumières, du vaccin, et des droits du Marché, véritable phare au milieu de cette clique écolo-bobo-lénino-fasciste dont les sinistres affidés tentent de prendre le pouvoir, avec leurs vilaines griffes de sorcières structuralo-marxistes, dans le monde mais aussi sur notre territoire ? Cette ignominieuse vague rouge-vert qui tente de s’implanter à l’issue des municipales de juin sera balayée, j’en suis certain, par les pouvoirs quasiment magiques de notre Président. Ensemble, tout devient possible, et nous renverront dans les limbes de l’Histoire les thuriféraires de l’économie planifiée et les adorateurs de la décroissance.

Nous sommes dimanche et il est temps pour moi de te quitter, cher Journal. Rassure-toi, je ne suis pas comme ces fainéants gavés aux 35 heures, aux RTT et aux congés payés, qui passent leurs jours de « congés » – quel drôle de concept – à dilapider leur force de travail dans des « loisirs », alors même que nous sommes en guerre contre la récession et le péril jaune-vert-rouge. Non. Dès demain, cher Journal, je vais créer ma start-up. Je ne peux pas t’en dire plus, mais globalement elle sera destinée à remettre les chômeurs au travail, ce sera assez révolutionnaire – et coercitif, bien sûr.
Par conséquent, saisi par l’esprit de la gagne, je me suis mis à lire les grands livres de l’Histoire de l’entrepreneuriat, et c’est à cela que je consacre désormais mon temps « libre ». Je te laisse, cher Journal. J’espère écrire à nouveau dans tes pages, mais cela risque d’être difficile, avec la médiatisation dont je vais bientôt faire l’objet – pardonne moi donc par avance de ne pas être aussi régulier qu’auparavant, lorsque je n’étais encore qu’un parasite ; mais sache que je ne t’oublierai jamais – et puis, qui sait, peut-être seras-tu publié un jour, et serviras-tu d’exemple à la jeunesse, comme ont pu le faire à une époque La Bible, ou Mein Kampf ?

Je te souhaite une bonne journée.

Startup-toi bien,

Herbert.

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *