Bonne journée à toutes les mistinguettes

Vous savez nous à Blogorrhée on est assez hypocrites. La franchise, c’est pas trop notre truc. C’est pas qu’on est méchants, mais on est un peu effrayés par le conflit. C’est dur de dire à quelqu’un que son gâteau au chocolat il est pas si bon que ça, et qu’il a un goût de poussière, la poussière dont est faite la tristesse et dont se nourrit l’amertume. On préfère faire bonne figure et même pousser le zèle jusqu’à reprendre une part, et tant pis si l’on sait que cela nous condamne à nous réveiller en pleine nuit, la bouche sèche comme l’âme d’un macroniste, cherchant désespérant un point d’eau, tel un buffle à la recherche d’un marigot dans la savane du Botswana.

Du coup, il faut être honnête, nous on kiffe énormément ce que nombre d’ignares appellent « la journée de la femme », et qui se nomme en vrai « journée internationale des droits des femmes ».
Il se trouve qu’il y a trois jours, quelqu’un m’a arrêté dans la rue, en me demandant, l’air affolé, quelle était la définition d’une masterclass. L’air grave et paternel, je lui ai posé la main sur l’épaule, et j’ai déclaré, d’un air docte mais pas pesant, un peu comme aurait pu le faire le personnage du Prophète de Khalil Gibran :
« Fiston, une masterclass, c’est donner, en public, une grande leçon, de manière à éclairer la plèbe.
C’est, par exemple, Martin Scorsese qui fanfaronne devant le troupeau des idiots béats qui s’esbaudissent devant le plan séquence d’ouverture de Casino et devant la performance de Leonardo DiCaprio dans le Loup de Wall Street alors que c’est juste un concentré de cuistrerie et de cabotinage. Mais la vraie masterclass, c’est de vivre toute l’année sous le signe du patriarcat de merde et de proclamer, une fois par an, la journée internationale du droit des femmes, qui consiste principalement à leur offrir des fleurs, alors que ce qu’elles voudraient, c’est que Bernard de la compta arrête de leur tripoter le cul à la machine à café, ou d’avoir des salaires équivalents. Ça, c’est une masterclass.
– Ce serait comme si, me répondit ce nouveau disciple qui buvait avec avidité mes paroles, les nazis instauraient, chaque mois, la journée du bien-être et de la thalassothérapie à Auschwitz alors que, le reste du temps, ils envoient du Zyklon B dans les douches ?
– L’analogie est intéressante, mon garçon, je répondis avec bienveillance. Méfie-toi cependant du point Godwin, qui à être trop vite atteint risque d’affaiblir ton argumentation ».
Mais mon interlocuteur, qui avait les yeux brillants du collégien venant enfin de comprendre, avec trois ans de retard, le fonctionnement des propriétés remarquables, m’interrompit :
« Ce serait comme si on associait à cette journée une grosse barrique à foutre de ministre, contre lequel sont lancées deux procédures, pour viol et abus de pouvoir, accusé d’avoir obtenu des rapports sexuels avec deux femmes contre la promesse de les aider à trouver, en urgence, un logement HLM ou un poste ? Ne serait-ce pas à l’hypocrisie ce que Space X est à l’exploration spatiale ?
– Tu as tout compris, félicitai-je mon nouveau disciple. Tu peux partir en paix. »
Je le laissai ainsi repartir, gorgé du fruit de la connaissance, après avoir refusé sa proposition de me prodiguer une pipe au miel, non pas parce que je n’avais pas de miel – le U Express étant à côté, il ne m’aurait été guère difficile de m’en procurer -, mais parce qu’il était 17h50 et que le couvre-feu approchait.

Marlène Schiappa

Je ne peux clore ce petit billet sans prétention sans citer Daniel Stern, un obscur écrivain du XIXè siècle, qui a eu cette belle phrase, destinée à maintenir notre vigilance. Que la journée du droit des femmes ne nous fasse tout de même pas complètement baisser la garde !

« La plupart des femmes passent sans transition de l’hypocrisie au cynisme. Combien peu s’arrêtent à la sincérité.

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