Du rapport étroit qu’entretiennent fist et court-métrage

Alors j’ai une question à vous poser : ça s’appelle comment quand tu déboules quelque part et on t’oblige à faire un truc qui n’était pas prévu au départ toi t’étais pas venu du tout pour ça mais on te prend par surprise et on t’oblige à faire cette chose même si tu trouves ça dégueu et après tu peux plus te respecter et le pire c’est que tu te sens coupable alors que c’est pas ta faute c’est pas toi le bourreau toi t’es la victime ?
On appelle ça un viol.
Par exemple, aujourd’hui je vais au cinéma l’Ecran, à Saint Denis, parce que la place quand on a l’abonnement elle est à 4,50 euros et qu’il y avait le seul film qui me semblait potable dans toute l’île de France aujourd’hui (ce film, c’était America c’est un documentaire mais en fait, c’est pas bien du tout, j’aurais mieux fait de me payer un kebab pour ce prix-là, c’est dégueu mais au moins on est prévenu). Bon très bien je m’installe à distance de deux vieilles qui jacassent, une petite bande annonce, classique, et là hein ? Quoi ? Putain voilà que ces pines pourries nous balancent un court-métrage avant le film. Me voilà donc à subir une daube sans nom, sortie d’on ne sait où, alors que putain c’était annoncé nulle part et moi bordel j’appelle ça du viol, c’est comme dans Orange Mécanique on t’oblige à regarder des trucs horribles et tu peux pas non plus te boucher les yeux et les oreilles en même temps, c’est affreux, c’est répugnant, tu réprimes un haut-le-coeur, et au fond de moi la rage naissait, j’avais envie de me lever et de haranguer la foule, en mode Spartacus le Herbert, et ensemble nous nous serions levés et nous aurions déchiré la toile et nous aurions clamé « Liberté j’écris ton nom » et là le capitalisme il aurait tremblé sur ses bases. Au lieu de quoi je suis resté impuisssant, tremblant, désemparé, l’écume aux lèvres, tandis que la résolution s’étiolait au pâle éclat de la pensée #shakespeare, et bah je suis resté sur mon siège comme un connaud sans couilles et je vais vous faire une confession le capitalisme il a pas tremblé du tout.
Nan mais je sais pas, c’est comme si tu vas chez une meuf, plein d’espoir, là tu es favori pour pousser le ballon au fond des filets, tout est nickel, l’interphone fonctionne, petite ambiance tamisée, repas aux chandelles, un petit Miles Davis en fond sonore, et puis on commence à glisser sur le canapé, et là tu te dis « Yes putain ça y est on va perpétrer l’acte ça va être un truc de malade » et là la meuf elle te dit « Attends, avant que nous ne perpétrions l’acte, ça te dérange si un pote à moi te fiste ? Il a vraiment envie d’essayer et je me suis dit que ce serait une bonne occasion de découvrir ». Et toi tu la regardes, hébété, ton sexe inerte sortant mollement du caleçon, tu n’as pas trop envie, mais bon tu as déjà engagé des frais, petite bouteille de pinard, petit tiramisu, passage du caleçon à la machine, capotes nervurées Extra Pleasure et vu la cadence à laquelle tu baises tu sais très bien que si tu les utilises pas ce soir elles seront périmées, et puis il faut compter aussi le ticket de métro aller-retour parce que malgré ton RSA on ne t’a pas renouvelé ton Forfait Solidarité Transport pour le mois de juin, alors bon, tu ne dis rien, tu subis, et sortant de l’ombre comme un spectre dans la nuit son pote est déjà sur toi et tandis que son poing fouille tes profondeurs tu hurles dans ta tête tu essayes de te persuader que ce n’est rien et qu’effectivement il faut découvrir de nouvelles choses, sortir de ses schémas, c’est juste cinq petites minutes à passer, mais putain de bordel de merde ça fait quand même hyper mal, tes muqueuses te brûlent, c’est un incendie, c’est comme la forêt qui flambe en Corse en juillet, tout est dévasté, calciné, détruit, et à l’instar de la forêt ça ne repoussera jamais plus, tu ne pourras plus jamais te respecter, te regarder dans un miroir, et tu te maudis de ton immobilisme et de ta pusillanimité, et tu imagines ton papy dans le ciel, qui avant de mourir t’avait fait jurer de toujours protéger ton anus, comme un temple, de ne jamais le laisser se faire profaner, et toi tu avais dit oui, tu y croyais en plus, mais là ton papy il te regarde et plus que sa colère, c’est son dégoût et sa déception qui t’anéantissent, et tes sanglots ont le goût de la cendre, du désespoir et de l’amertume et tu jures, mais un peu tard, que l’on ne t’y reprendra plus, mais au moins tu te dis que tu pourras en parler sur ton blog, et ça c’est chouette, parce que de la douleur et de la folie naissent la création, et tu vas te faire plein de thunes et ton blog il s’appelle blogorrhée et ceux qui ne visitent pas ce blog sont des enfoirés de macronistes alors foncez bande de pines pourries générez du trafic putain de bordel de merde combien de fois il va falloir vous le dire ?

1 Comment Du rapport étroit qu’entretiennent fist et court-métrage

  1. Martine

    Bonjour M. Hébert,
    Je tiens à vous dire que j’aime beaucoup votre style. Je sais désormais que je vais rire à chaque lecture. Et ça me remplit de joie.

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