Si vous n’aimez pas la poésie, alors allez bien vous faire foutre

Alors des fois les gens me demandent « Mais dis-nous, Baby, est-ce que tu ne fais que t’énerver dans la vie ? Est-ce que, parfois, tes tendances psychotiques te laissent en repos, est-ce que la violence quitte ton coeur pour qu’entre, en lui, le sentiment de beauté, pour que la grâce embrase tes sens, n’es-tu jamais saisi par ce magnifique sentiment du sublime, qu’Edmund Burke définissait comme l’alliance de la beauté et de la terreur, comme par exemple devant une grande montagne, belle et étouffante à la fois, éclatante de soleil, constellée d’éclats de neige, prête à t’écraser, ou tout simplement par de petits bonheurs poétiques, comme la vision de la toile délicate tissée par l’araignée, brillant telle un diamant précieux dans la rosée du matin ? N’abreuves-tu jamais ton coeur à la source de la beauté ? ».
Alors déjà, quand vous me posez des questions, essayez de faire des phrases plus courtes, merci. Soyez brefs, allez droit au but, parce que bon moi j’ai pas spécialement de problèmes d’attention, mais au bout de quelques secondes je passe à autre chose, quelque chose de bien plus intéressant que vos galimatias, souvent passablement embrouillés.
Mais vous avez de la chance, comme je suis de bonne humeur, et que je n’ai rien d’autre à foutre ce matin, je vais vous répondre.
Sachez donc, bande de foutre-chiottes, que oui, j’ai l’âme d’un poète. Je suis un poète, bordel, qu’on se le dise. J’aime toutes ces petites conneries de bonheurs de la vie, la nature, les oiseaux qui gazouillent, ces petits moments de grâce fugace. C’est mon truc, la grâce fugace. Exemple : j’aime bien me poser dans mon Pang et écouter Jean-Sebastien Bach. Ou alors j’aime bien me foutre devant une fenêtre et regarder le paysage, comme ça. Un vrai prêtre zen, le Baby.
Si tout le monde était aussi poète que moi, bande de mange-dard, le monde irait beaucoup mieux, croyez-moi. Si vous ne me croyez pas, c’est que vous êtes des connards. Et moi, en tant que poète, je ne parle pas aux connards, donc allez bien vous faire enculer.
Pour vous prouver que j’aime la grâce fugace, la poésie, toutes ces conneries, je vais partager avec vous quelques haïkus, parce que sachez qu’il y a quelques temps, on m’a offert une anthologie de haïkus, et que c’est très bien, les haïkus. La preuve en exemple.
Alors le prochain qui dit que je ne place pas ma vie sous le signe de la poésie, je lui pète la gueule.

 

Le froid le froid
l’eau bleuit
le ciel se rétrécit

Natsume Sôseki

 

Neige qui tombais sur nous deux –
es-tu la même
cette année ?

Matsuo Bashô

 

Lune froide –
le vent de la rivière
aiguise les rochers

Miura Chora

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