Besoin d’aide, putain de bordel de merde

Alors souvent les gens me demandent : “Baby, comment fais-tu ? Quel est ton secret ? N’es-tu jamais atteint par la tristesse ? On dirait que rien ne peut t’atteindre, que tu te joues de la douleur, de la tristesse, de la maladie, de la faiblesse, que tu encaisses comme un putain de boxeur sur le ring, rendant coup pour coup à l’adversité, cette bitch, dansant sur le ring comme d’autres font des claquettes, si rapide, si souple, si délié, esquive, crochet du droit, direct au foie, uppercut, ne chancelant jamais, finissant toujours par mettre cette chienne au tapis après l’avoir envoyée dans les cordes, maître du ring, levant les deux poings devant la foule vociférante, abasourdie, hystérique devant ce combat historique, inédit, appelé à entrer pour toujours dans le Grand Livre de l’Histoire. Comment fais-tu, ô Grand Baby ?”
Malgré le ton un peu grandiloquent de votre homélie, les amis, je dois avouer que vous n’avez pas tort. Ça me troue toujours le cul d’admettre que quelqu’un a raison, mais là c’est justifié.
C’est un vrai roc, le Baby (que dis-je, un roc, mais c’est un pic, c’est un cap, c’est une péninsule), contemplant de son hiératisme insolent les éléments déchaînés, avec sur les lèvres comme un sourire, impavide, majestueux, se jouant de l’éclat adamantin de la douleur comme de l’obscurité fuligineuse du doute, un bloc de certitude, sans faille aucune, sans aspérité, n’offrant aucune prise à ce qui d’ordinaire ronge le coeur des hommes.
“C’est pas une fillette, c’est pas un pédé, c’est un dur, un tatoué le Baby”, dites-vous (alors par contre il va falloir vous calmer un peu, et arrêter de faire des amalgames ridicules entre féminité et faiblesse, homosexualité et pusillanimité, ce genre de choses, non mais vous vous rendez compte à quel point c’est ridicule, ça veut dire quoi de toutes façons “faiblesse”, en quoi c’est un déshonneur d’admettre sa faiblesse, sa douleur, ses failles, hein, et puis quel rapport avec la féminité ou la masculinité, ça veut dire quoi, masculin, féminin, putain les gens remettez-vous en question, demandez-vous quels processus sociaux ont implanté ces schémas de pensée ridicules dans vos petites têtes, sortez des stéréotypes masculinistes phalliques rétrogrades à la mord-moi-le-noeud, vous verrez, ça fait du bien de penser par soi-même).
“C’est un bloc de certitude, c’est pas le type qui va se complaire dans la complainte ou les jérémiades”, ajoutez-vous.
Encore une fois, vous êtes dans le juste. Vous avez souvent raison en ce moment, on dirait, alors que d’habitude vous êtes plutôt à côté de la plaque, soit dit en passant.

Cependant, les amis, l’heure n’est plus à la célébration, mais à la confession : depuis quelques temps, j’ai pris un peu cher, au niveau de mon petit coeur. Comme je suis pas un pédé (je suis obligé de parler comme vous, sinon je ne me ferais pas comprendre), j’ai encaissé tranquillou, la douleur coulant sur moi comme les larmes glissent sur le plumage immaculé du cygne (quoique des fois, ça finisse par s’infiltrer un peu, quand même), traitant la douleur, souvent poignante, par le rire et l’exubérance. Assez classique.
Je vous avouerai cependant qu’il m’est parfois arrivé de me livrer au sentimentalisme (c’est le nom que j’ai donné à ma bouteille de Southern Comfort), en écoutant des chansons tristes sur Youtube. Jusque là, rien de grave, vous me direz, et je vous remercie pour votre sollicitude et votre compréhension.
Mais putain les amis je vous le dis en vérité, et je tremble en vous faisant cet aveu : j’ai écouté Si t’étais là, il y a deux semaines, et j’ai été ému.
Et vous savez quoi ? JE L’AI RÉÉCOUTÉ À DE MULTIPLES REPRISES !
J’AI ÉCOUTÉ LOUANE ET J’AI KIFFÉ !
JE CROIS QUE J’AI BESOIN D’AIDE PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !

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